Introduction
Avec l’entrée dans l’automne, la question de la vitamine D revient chaque année dans les cabinets de naturopathie et sur les réseaux sociaux, souvent présentée sous une forme simplifiée : les journées raccourcissent, l’exposition solaire diminue, il faudrait donc se supplémenter presque systématiquement. Cette intuition n’est pas absurde sur le plan physiologique, la synthèse cutanée de vitamine D dépend directement du rayonnement ultraviolet B, mais elle masque une question plus intéressante et moins souvent posée : pourquoi la couleur de peau humaine varie-t-elle autant selon les régions du globe, et quel rapport cette variation entretient-elle avec la vitamine D elle-même ? La réponse, documentée depuis la fin des années 1960 et affinée par des travaux d’anthropologie biologique plus récents, fait de la pigmentation cutanée l’un des exemples les mieux étudiés d’adaptation évolutive humaine à un compromis environnemental. Cet article reprend cette histoire évolutionnaire pour ensuite distinguer, avec la même rigueur, ce qui est solidement établi sur les besoins en vitamine D de ce qui reste hypothétique ou carrément non confirmé par les essais cliniques les plus robustes dont nous disposons aujourd’hui.
À retenir
- La vitamine D est en réalité une hormone stéroïde de synthèse cutanée, produite sous l’action du rayonnement ultraviolet B sur un précurseur dérivé du cholestérol présent dans la peau, et non une vitamine au sens strict d’un nutriment que l’organisme serait incapable de fabriquer lui-même.
- La variation de la pigmentation cutanée humaine selon la latitude est aujourd’hui comprise comme une adaptation évolutive à un compromis entre deux pressions de sélection opposées, la protection du folate contre sa dégradation par les UV près de l’équateur et le maintien d’une synthèse de vitamine D suffisante aux latitudes plus élevées, une hypothèse initialement formulée par William Loomis en 1967 et affinée depuis par Nina Jablonski et George Chaplin dans un article de référence publié en 2010 dans PNAS.
- Le rôle de la vitamine D dans la santé osseuse, via la régulation de l’absorption intestinale du calcium et du phosphore, est solidement établi depuis plus d’un siècle, la carence sévère provoquant le rachitisme chez l’enfant et l’ostéomalacie chez l’adulte.
- Les bénéfices d’une supplémentation en vitamine D au-delà de la sphère osseuse, sur le risque de cancer, de maladie cardiovasculaire ou sur l’humeur, restent nettement moins étayés : l’essai randomisé VITAL, publié en 2019 dans le New England Journal of Medicine sur plus de 25 000 participants, n’a pas montré de réduction significative des événements cardiovasculaires majeurs ni de l’incidence totale des cancers.
- Les études de randomisation mendélienne, une méthode qui utilise la variation génétique naturelle pour limiter les biais de confusion, ne confirment pas non plus, dans la plupart des cas, un effet causal des concentrations de vitamine D sur ces mêmes maladies, ce qui suggère que les associations observationnelles largement relayées pourraient refléter en partie une causalité inverse plutôt qu’un effet protecteur direct.
- L’Anses recommande, dans son actualisation des références nutritionnelles de 2021, un apport de 15 microgrammes, soit 600 unités internationales, de vitamine D par jour pour l’adulte, en tenant compte à la fois de l’alimentation et de la synthèse cutanée.
La vitamine D n’est pas vraiment une vitamine : une hormone stéroïde de synthèse cutanée
La vitamine D occupe une place particulière parmi les micronutriments : contrairement à la plupart des autres vitamines, que l’organisme humain est structurellement incapable de synthétiser et doit impérativement puiser dans l’alimentation, la vitamine D peut être produite par la peau elle-même, à condition d’être exposée à un rayonnement ultraviolet B de longueur d’onde suffisante, généralement situé entre 290 et 315 nanomètres. Le mécanisme est bien caractérisé sur le plan biochimique : sous l’effet des UVB, le 7-déhydrocholestérol présent dans l’épiderme se convertit en prévitamine D3, qui se transforme ensuite spontanément en vitamine D3, ou cholécalciférol. Cette molécule subit ensuite deux hydroxylations successives, d’abord dans le foie pour donner la 25-hydroxyvitamine D, la forme de référence dosée en laboratoire pour évaluer le statut vitaminique D d’une personne, puis dans le rein pour donner la forme active, le calcitriol, qui agit comme une véritable hormone stéroïde sur de nombreux tissus cibles via un récepteur nucléaire largement distribué dans l’organisme.
Cette particularité biochimique explique pourquoi certains chercheurs, dont Michael Holick, l’un des spécialistes les plus cités du domaine, ont pu qualifier la vitamine D de pseudo-hormone plutôt que de vitamine au sens classique du terme. Elle explique également pourquoi les besoins en vitamine D ne peuvent pas être pensés indépendamment de l’exposition solaire : une personne vivant sous des latitudes élevées, pendant les mois d’automne et d’hiver, peut se trouver dans une situation où l’angle d’incidence du soleil ne permet tout simplement plus une synthèse cutanée efficace de vitamine D, quelle que soit la durée d’exposition, un phénomène décrit dès les années 1980 et qui reste, à ce jour, un fait bien établi de la photobiologie cutanée.
La pigmentation de la peau humaine : une adaptation évolutionnaire au compromis UV / vitamine D selon la latitude
L’histoire évolutive de la couleur de peau humaine constitue l’un des exemples les mieux documentés d’adaptation à un environnement contrasté, et elle est directement liée à la question de la vitamine D. L’hypothèse fondatrice a été formulée en 1967 par le biologiste William Farnsworth Loomis dans un article publié dans la revue Science, qui proposait que la variation de pigmentation cutanée selon la latitude résulterait d’une sélection naturelle agissant sur la capacité de synthèse de vitamine D : une peau plus foncée, riche en mélanine, filtrerait une plus grande part du rayonnement UV et protégerait ainsi contre les effets délétères d’une exposition trop intense, tandis qu’une peau plus claire laisserait pénétrer davantage d’UVB, ce qui serait avantageux aux latitudes élevées où l’ensoleillement est plus faible et où une synthèse cutanée efficace de vitamine D devient plus difficile à atteindre.
Cette hypothèse initiale a été reprise, précisée et complétée par les travaux de Nina Jablonski et George Chaplin, dont l’article de synthèse publié en 2010 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences reste aujourd’hui la référence la plus citée sur le sujet. Les deux chercheuses ont ajouté un second facteur de sélection, moins intuitif mais tout aussi documenté : la protection du folate, une vitamine du groupe B essentielle au développement embryonnaire et à la division cellulaire, qui se dégrade sous l’effet d’une exposition UV intense. Selon ce modèle à deux facteurs, la pigmentation cutanée résulterait d’un compromis évolutif entre deux pressions de sélection opposées, protéger le folate en limitant la pénétration des UV près de l’équateur, où le rayonnement est intense toute l’année, et permettre une synthèse suffisante de vitamine D aux latitudes plus élevées, où le rayonnement UVB utile est plus rare et plus saisonnier. Les populations ayant migré depuis l’Afrique vers des latitudes plus élevées au cours des derniers dizaines de milliers d’années auraient ainsi subi une pression de sélection favorisant une dépigmentation progressive de la peau, un processus que les données génétiques récentes situent à des moments et des rythmes différents selon les lignées humaines concernées.
Il est important ici de distinguer avec précision ce qui relève du fait solidement établi de ce qui demeure une hypothèse, certes bien étayée mais non définitivement démontrée. Le fait établi est la relation physiologique directe entre rayonnement UVB, pigmentation cutanée et efficacité de la synthèse de vitamine D, mesurable en laboratoire et reproduite dans de nombreuses études de dermatologie expérimentale. L’hypothèse, quant à elle, porte sur le poids relatif exact de chacune des deux pressions de sélection, vitamine D contre folate, dans l’histoire évolutive de telle ou telle population, une question que les données archéogénétiques et paléoanthropologiques continuent d’affiner sans l’avoir close. Cette histoire évolutive n’a, en tout état de cause, aucune implication normative directe sur le plan individuel : elle explique un phénomène de population observé sur des dizaines de milliers d’années, elle ne dicte pas un comportement de supplémentation à l’échelle d’une personne vivant aujourd’hui, sous des latitudes et avec un mode de vie radicalement différents de ceux dans lesquels cette adaptation s’est construite.
Ce qui est solidement établi : vitamine D et santé osseuse
Le rôle de la vitamine D dans le métabolisme osseux constitue, de très loin, l’acquis le mieux établi de la recherche sur ce nutriment, avec plus d’un siècle de données convergentes. La forme active de la vitamine D, le calcitriol, stimule l’absorption intestinale du calcium et, dans une moindre mesure, du phosphore, deux minéraux indispensables à la minéralisation normale du tissu osseux. Une carence sévère et prolongée en vitamine D provoque, chez l’enfant en croissance, le rachitisme, une déformation du squelette par défaut de minéralisation, et chez l’adulte, l’ostéomalacie, un ramollissement osseux diffus associé à des douleurs et à un risque accru de fractures. Ces tableaux cliniques, documentés depuis le début du vingtième siècle et aujourd’hui devenus rares dans les pays développés grâce notamment à la supplémentation systématique du lait et à la prévention néonatale, ne font l’objet d’aucune controverse scientifique sérieuse.
Chez les personnes âgées, en particulier celles présentant déjà une ostéoporose ou un risque élevé de chute, plusieurs essais cliniques et méta-analyses associent une supplémentation en vitamine D, le plus souvent combinée à un apport suffisant en calcium, à une réduction modeste mais mesurable du risque de fracture, un résultat que les recommandations de sociétés savantes comme le GRIO, le Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses, en France, intègrent dans leurs préconisations de bonnes pratiques cliniques. Ce bénéfice osseux reste toutefois concentré sur les populations présentant un déficit avéré ou un risque fracturaire élevé, et ne doit pas être généralisé sans nuance à l’ensemble de la population adulte en bonne santé osseuse.
Ce qui reste débattu : les bénéfices non-osseux face aux essais randomisés et à la randomisation mendélienne
Au-delà de la sphère osseuse, la vitamine D a fait l’objet, depuis une vingtaine d’années, d’un nombre considérable d’études observationnelles associant de faibles concentrations sanguines à un risque accru de cancer, de maladie cardiovasculaire, de diabète de type deux, de dépression ou encore d’infections respiratoires. Ces associations, souvent relayées de façon simplifiée dans la presse grand public et dans la communication commerciale des compléments alimentaires, ont nourri l’idée d’une vitamine D quasi universelle, protectrice contre un très large éventail de pathologies. Le niveau de preuve réel est pourtant nettement plus modeste, et c’est précisément ce qu’ont cherché à clarifier les essais randomisés contrôlés de grande ampleur menés au cours de la dernière décennie.
L’essai VITAL, pour Vitamin D and Omega-3 Trial, dirigé par JoAnn Manson et son équipe et publié en 2019 dans le New England Journal of Medicine, reste à ce jour l’un des essais randomisés les plus robustes sur le sujet : plus de 25 000 adultes américains, sans antécédent de cancer ou de maladie cardiovasculaire au départ, ont reçu soit 2000 unités internationales de vitamine D3 par jour, soit un placebo, pendant une durée médiane de plus de cinq ans. Sur les critères de jugement principaux, l’essai n’a pas montré de réduction statistiquement significative de l’incidence totale des cancers ni des événements cardiovasculaires majeurs, infarctus, accidents vasculaires cérébraux et décès d’origine cardiovasculaire confondus. Des analyses secondaires et des publications ultérieures issues de la même cohorte ont suggéré des signaux plus favorables sur certains critères spécifiques, notamment une possible réduction de l’incidence des cancers métastatiques ou de la mortalité par cancer sur un suivi prolongé, mais ces résultats secondaires doivent être interprétés avec prudence, car ils n’étaient pas les critères de jugement principaux de l’essai et n’ont pas, à ce jour, été reproduits avec la même robustesse statistique dans d’autres essais indépendants de taille comparable.
Les études de randomisation mendélienne apportent un éclairage complémentaire et convergent, dans l’ensemble, avec la prudence suggérée par l’essai VITAL. Cette méthode statistique utilise des variants génétiques connus pour influencer durablement la concentration sanguine de vitamine D comme un indicateur naturel, peu sensible aux facteurs de confusion habituels qui compliquent l’interprétation des études observationnelles classiques, en particulier la causalité inverse, le fait qu’une maladie chronique ou un état inflammatoire puisse lui-même abaisser la concentration de vitamine D plutôt que l’inverse. Une large étude de randomisation mendélienne menée par Xia Jiang, Tian Ge et Chia-Yen Chen, publiée en 2021 dans Scientific Reports, portant sur un grand nombre de traits et de pathologies complexes, n’a pas retrouvé d’effet causal clair des concentrations circulantes de vitamine D sur la plupart des maladies pour lesquelles des associations observationnelles avaient été rapportées. Ce type de résultat ne permet pas d’affirmer que la vitamine D est dénuée de tout effet biologique pertinent en dehors de l’os, un organisme en carence sévère subissant des conséquences bien réelles documentées par ailleurs, mais il invite à une lecture nettement plus prudente des promesses faites autour de la supplémentation systématique chez des personnes dont le statut vitaminique n’est pas réellement déficitaire.
Sur la question plus spécifique de l’humeur et de la dépression, la littérature reste également partagée : certaines méta-analyses rapportent un effet favorable modeste de la supplémentation chez des personnes présentant à la fois une carence avérée et des symptômes dépressifs, tandis que d’autres synthèses, en particulier celles qui excluent les études présentant des faiblesses méthodologiques importantes, ne retrouvent pas d’effet significatif. Il s’agit là d’un domaine de recherche actif, dont les conclusions ne peuvent pas encore être présentées comme définitivement tranchées dans un sens ou dans l’autre.
Carence en vitamine D : seuils, ampleur réelle et facteurs de risque
Le statut vitaminique D d’une personne se mesure par le dosage sanguin de la 25-hydroxyvitamine D, la forme circulante de référence. Les seuils les plus couramment utilisés en France, repris notamment par le GRIO dans ses recommandations de bonne pratique clinique, distinguent la carence vitaminique D, en dessous de 10 nanogrammes par millilitre, soit 25 nanomoles par litre, l’insuffisance vitaminique D, entre 10 et 30 nanogrammes par millilitre, et une concentration recommandée, généralement située entre 30 et 70 nanogrammes par millilitre. Il faut toutefois noter, avec la même rigueur que celle appliquée au reste de cet article, qu’il n’existe pas de consensus international parfait sur ces seuils exacts, certaines sociétés savantes nord-américaines retenant des bornes légèrement différentes, ce qui explique une partie des divergences observées d’une source à l’autre sur la prévalence réelle de la carence dans la population.
Des données relayées dans la presse professionnelle, citant des travaux de l’Anses, font état d’une proportion importante de la population adulte française présentant des apports ou des concentrations de vitamine D inférieurs aux repères recommandés, en particulier en fin d’hiver et au début du printemps, période où les réserves cutanées accumulées pendant les mois ensoleillés sont les plus basses. Faute d’accès direct, au moment de la rédaction de cet article, au rapport source complet de l’Anses permettant de vérifier le chiffre précis le plus souvent cité, à savoir une insuffisance chez plus de 70 % des adultes et une carence franche chez environ 6,5 % d’entre eux, cette donnée est rapportée ici avec cette réserve méthodologique plutôt que présentée comme définitivement vérifiée. Ce qui est en revanche solidement établi, et documenté de façon convergente par de nombreuses sources indépendantes, est l’existence d’une variation saisonnière marquée du statut vitaminique D dans les pays à latitude tempérée comme la France, avec un nadir systématique en fin d’hiver.
Les facteurs de risque de carence les mieux identifiés incluent une pigmentation cutanée foncée vivant à des latitudes élevées, conséquence directe du mécanisme évolutif décrit plus haut, une exposition solaire réduite liée au mode de vie, au port de vêtements couvrants ou à l’usage systématique de crème solaire à indice élevé, l’avancée en âge, la capacité de synthèse cutanée diminuant avec le vieillissement de la peau, l’obésité, la vitamine D étant une molécule liposoluble susceptible d’être séquestrée dans le tissu adipeux, et certaines pathologies digestives chroniques affectant l’absorption des graisses alimentaires.
Synthèse cutanée, exposition solaire et saisonnalité en Nouvelle-Aquitaine
Sur le plan pratique, la capacité de la peau à synthétiser de la vitamine D dépend de plusieurs facteurs combinés : l’angle d’incidence du soleil, qui varie selon la latitude, la saison et l’heure de la journée, la surface de peau exposée, la pigmentation cutanée individuelle, et l’âge. À la latitude de la Nouvelle-Aquitaine, aux alentours de 44 à 45 degrés nord, la synthèse cutanée de vitamine D est généralement considérée comme possible entre le printemps et le début de l’automne, pour une exposition de courte durée des bras et du visage sans protection solaire, en dehors des heures de rayonnement le plus intense. En revanche, du fait de l’angle solaire trop bas, la synthèse cutanée devient très réduite, voire négligeable chez de nombreuses personnes, pendant les mois d’automne tardif et d’hiver, un phénomène de photobiologie documenté depuis les travaux princeps de Michael Holick dans les années 1980 et confirmé depuis par de nombreuses mesures directes du rayonnement UVB utile selon la latitude.
Cette réalité physiologique explique pourquoi la période d’octobre à mars est généralement considérée, par les professionnels de santé en France, comme une fenêtre de vigilance accrue sur le statut vitaminique D, en particulier chez les personnes cumulant plusieurs facteurs de risque. Elle ne constitue pas pour autant, à elle seule, une justification automatique et indifférenciée d’une supplémentation systématique chez toute personne en bonne santé, sans évaluation individuelle du contexte, du mode de vie et, le cas échéant, sans dosage sanguin préalable lorsque la situation clinique le justifie.
Contre-indications et précautions liées à la supplémentation
Contrairement à une idée parfois répandue selon laquelle une vitamine naturellement produite par l’organisme ne pourrait pas présenter de risque en cas d’excès, la vitamine D est une molécule liposoluble qui s’accumule dans l’organisme et dont le surdosage, bien que rare, est documenté et potentiellement grave. L’Anses a publié un avis de vigilance relatif à des cas d’intoxication à la vitamine D, consécutifs notamment à des erreurs de dosage ou à l’utilisation de préparations mal dosées, rappelant que des concentrations sanguines très élevées, généralement situées au-delà de 150 nanogrammes par millilitre selon les seuils usuels, peuvent provoquer une hypercalcémie, avec des symptômes pouvant inclure nausées, fatigue intense, troubles du rythme cardiaque et, dans les cas les plus sévères, une atteinte rénale.
La supplémentation en vitamine D doit faire l’objet d’une prudence particulière chez les personnes souffrant d’hypercalcémie préexistante, de certaines maladies granulomateuses comme la sarcoïdose, qui peuvent perturber le métabolisme de la vitamine D de façon indépendante de l’apport exogène, ou de lithiase rénale calcique récidivante. Les personnes suivant un traitement par diurétiques thiazidiques, par digoxine, ou par certains médicaments affectant le métabolisme du calcium doivent également demander l’avis de leur médecin avant toute supplémentation à dose élevée. Une supplémentation prolongée à forte dose, en dehors de toute prescription médicale encadrée et de tout suivi biologique, n’est pas recommandée, y compris lorsqu’elle est présentée comme une simple prévention sans objectif thérapeutique précis.
Il convient enfin de rappeler qu’aucun élément de cet article ne permet d’affirmer qu’une supplémentation en vitamine D puisse se substituer à une prise en charge médicale d’une pathologie osseuse, cardiovasculaire, auto-immune ou psychiatrique diagnostiquée, et que seul un dosage sanguin interprété par un professionnel de santé permet d’établir avec certitude un statut de carence individuel.
Application pratique
Ce que suggère l’ensemble des données présentées invite à une approche individualisée et mesurée plutôt qu’à une supplémentation automatique et uniforme :
- Profiter de l’exposition solaire disponible pendant les mois favorables, d’avril à septembre environ sous nos latitudes, par de courtes expositions des avant-bras et du visage sans écran solaire, en dehors des heures de rayonnement maximal, sans chercher un bronzage prolongé dont les risques cutanés dépassent largement les bénéfices vitaminiques attendus.
- Privilégier les sources alimentaires de vitamine D au quotidien, poissons gras comme le hareng, le maquereau, le saumon ou la sardine, certains champignons comme les girolles ou les cèpes, le jaune d’œuf, et les produits laitiers enrichis, sans en attendre une couverture complète des besoins par ce seul biais compte tenu de la relative rareté de cette vitamine dans l’alimentation courante.
- Envisager un dosage sanguin de la 25-hydroxyvitamine D plutôt qu’une supplémentation à l’aveugle, en particulier chez les personnes cumulant plusieurs facteurs de risque identifiés, peau mate ou foncée vivant en climat tempéré, personnes âgées, personnes en situation d’obésité, ou en cas de symptomatologie évocatrice, avant de décider d’une dose et d’une durée de supplémentation.
- Respecter les repères de l’Anses en l’absence de carence diagnostiquée, soit environ 15 microgrammes, 600 unités internationales, par jour pour un adulte, en gardant à l’esprit que ce repère concerne un apport global, alimentation et synthèse cutanée combinées, et non une dose de complément à ajouter systématiquement.
- Ne pas prolonger une supplémentation à forte dose sans suivi biologique, en particulier au-delà de quelques mois consécutifs, compte tenu du caractère liposoluble de la vitamine D et du risque, certes rare mais documenté, d’accumulation excessive.
FAQ
La vitamine D est-elle vraiment une vitamine ?
Au sens strict, non : il s’agit d’une hormone stéroïde que la peau peut synthétiser sous l’effet du rayonnement UVB, ce qui la distingue des vitamines que l’organisme est structurellement incapable de produire lui-même.
Pourquoi la couleur de peau varie-t-elle autant selon les régions du monde ?
L’hypothèse la mieux documentée, formulée par William Loomis en 1967 et affinée par Nina Jablonski et George Chaplin en 2010, propose que la pigmentation cutanée résulte d’un compromis évolutif entre la protection du folate contre les UV près de l’équateur et le maintien d’une synthèse suffisante de vitamine D aux latitudes plus élevées.
La vitamine D protège-t-elle vraiment contre le cancer et les maladies cardiovasculaires ?
Les données actuelles ne permettent pas de l’affirmer avec certitude : l’essai randomisé VITAL, publié en 2019, n’a pas montré de réduction significative de ces risques sur ses critères de jugement principaux, et les études de randomisation mendélienne ne confirment pas non plus, dans la majorité des cas, un effet causal direct.
Faut-il se supplémenter systématiquement en vitamine D en hiver ?
La période automne-hiver constitue effectivement une fenêtre de vigilance accrue sous nos latitudes en raison de la réduction de la synthèse cutanée, mais une supplémentation systématique sans évaluation individuelle n’est pas recommandée par cet article ; un dosage sanguin ou un avis médical reste la démarche la plus rigoureuse en cas de doute.
Peut-on faire un surdosage de vitamine D ?
Oui, bien que rare, un surdosage est documenté et peut provoquer une hypercalcémie ; l’Anses a publié un avis de vigilance spécifique à ce sujet, rappelant l’importance de respecter les doses recommandées et d’éviter une supplémentation prolongée sans suivi.
Quels sont les apports recommandés en vitamine D pour un adulte en France ?
L’Anses recommande, dans son actualisation de 2021, un apport global d’environ 15 microgrammes, soit 600 unités internationales, par jour, en tenant compte de la synthèse cutanée et de l’alimentation.
Conclusion
L’histoire évolutive de la pigmentation cutanée humaine illustre avec une clarté rare la façon dont la sélection naturelle a façonné notre physiologie en réponse à un compromis environnemental précis, l’équilibre entre protection du folate et synthèse de vitamine D selon la latitude. Cette histoire, aussi solide soit-elle sur le plan scientifique, ne doit cependant pas être convoquée pour justifier des promesses excessives sur les bénéfices d’une supplémentation moderne : le rôle de la vitamine D dans la santé osseuse est solidement établi, mais ses bénéfices au-delà de cette sphère restent, à ce jour, nettement moins démontrés que ne le laisse entendre une partie du discours commercial autour des compléments alimentaires, comme le montrent à la fois l’essai randomisé VITAL et les études de randomisation mendélienne les plus récentes. L’approche la plus rigoureuse reste individualisée : tenir compte de son exposition solaire réelle, de son alimentation, de ses facteurs de risque personnels, et s’appuyer sur un dosage sanguin plutôt que sur une supplémentation uniforme lorsque le doute persiste.
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Andreas Jansson, naturopathe et nutrithérapeute, fondateur de Nutritik. Nutritik développe une approche évolutionnaire du terrain humain, inspirée par la physiologie, l’anthropologie et l’étude des interactions entre l’être humain et son environnement.
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue ni un diagnostic médical, ni un traitement, ni une consultation. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé, en particulier avant toute décision de supplémentation à dose élevée ou en cas de pathologie osseuse, rénale, cardiovasculaire ou granulomateuse déjà diagnostiquée. En cas de doute sur votre statut vitaminique, consultez un professionnel de santé qualifié et envisagez un dosage sanguin avant toute supplémentation prolongée.
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